Une très jolie plume
- LA LUNE -Décembre 2006
Née en 1976, cette jeune femme vit dans un hameau retiré de l'Aveyron, attirée très tôt par la
littérature fantastique du XIXème siècle (Stocker, Wilde...), elle rêvasse à ses univers gothiques et
surranés. Commençant d'abord par la poésie qu'elle peuple de vampires et de spectres, elle tombe très vite dans
la nouvelle, satisfaisant son besoin toujours grandissant de raconter des histoires.
Son style mêlant beauté et épouvante transporte le lecteur dans un univers où horreur et rêve se marient tendrement.
C'est aussi d'elle dont nous parlons en bas de page de news et qui nous a conforté dans notre espoir : l'idée de promouvoir un auteur et un illustrateur en page
d'accueil était une très bonne chose.
C'est une bien curieuse histoire qu'elle nous présente aujourd'hui.
Voici une liste de quelques unes de ses publications :
Horrifique Le bois des femmes mortes
Horrifique Sous le sable
Le Calepin Jaune Bergville
Nocturne Les solitudes
Phenix Mag La mare galeuse
Phenix Mag Des gardenias pour Cléo
La muse délaissée
Les astronomes, tout d'abord, constatèrent l'inconcevable absence. Ces hommes imaginatifs se perdirent en vaines conjectures devant le spectacle de l'azur désolé.
Cette disparition avait une raison simple : la lune en femme voulait être aimée, mais les hommes, volages, lui avaient préféré les lumières tapageuses de curieux satellites et ces astres cubiques, aux lumières kaléidoscopiques avaient envahi les foyers. Les hommes n'avaient d'yeux que pour eux. Plus jamais leurs soupirs amoureux ne s'élevaient vers elle dans la paix des nuits bleues. Se sentant délaissée, l'âme triste, elle quitta le ciel et la cruelle indifférence humaine.
Effroi sur la Terre : imaginez l'obscurité des nuits lorsque l'on souffle la chandelle. Mais l'humain est ainsi fait qu'il s'habitue à tout. Néanmoins le départ de la Dame pâle ne fut pas sans conséquence, comme si, en fuyant, elle avait aussi emporté la part d'elle qui vivait en chacun de nous.
Les femmes perdirent le goût du mystère, oubliant les chemins féeriques, les sentiers brumeux d'une sagesse ancestrale. L'aura de sensualité qu'elles dégageaient autrefois s'évapora. Certaines se dévêtirent, espérant raviver l'étincelle morte dans le cœur des hommes, mais une fois la lune enfuie, leur chair mise à nu n'avait pas plus d'attrait que celle des animaux morts sur les étals des bouchers.
Les poètes et les musiciens noyèrent leur misère dans le vin capiteux, espérant apercevoir, dans les vapeurs de l'alcool, la muse infidèle dansant encore pour eux. Certains relevaient leur nez aviné, une fulgurante réminiscence effleurant soudain leurs esprits, l'inspiration ? Mais l'idée avortée disparaissait à peine entrevue, ne laissant qu'un gouffre terne d'amère frustration. Alors, l'artiste, dépossédé de toute fantaisie, retombait, apathique, dans le vin de l'oubli.
Les enfants n'eurent plus de rêve, leur imagination s'éteignit et seuls caprices et convoitises animèrent leurs songes. Ni chevaliers, ni fées pour veiller leurs berceaux.
Les prêtres, eux, se réjouirent, l'obscurité est un terreau fertile à l'endoctrinement. La lune, païenne et charnelle, n'était plus la rivale des dogmes des hommes de foi.
Morne et monotone, la Terre devint dès lors un monde d'automates, tandis que la lune, ailleurs, cherchait à ravir de nouveaux regards.
